En route pour les Régionales #9 – Où l’on analyse le programme santé de Jean Paul Huchon

mars 10th, 2010

Après avoir ausculté les propositions Santé de Valérie Pécresse et de Cécile Duflot, last but not least, il est grand temps de regarder de plus prêt l’argumentaire de Jean Paul Huchon.

Le Président sortant de la région Ile-de-France a souhaité sortir un argumentaire développé pour l’ensemble de ces propositions, rassemblées dans un document de 91 pages ! On saluera la performance en soulignant qu’il est rare de voir un programme aussi abouti… tout en se demandant quand même quel électeur particulièrement consciencieux aura le courage de le lire dans son intégralité.

La partie santé tient donc en 4 pages et regroupe une quinzaine de propositions divisées en 3 préoccupations majeures : L’offre de soins de proximité, le plan régional pour les urgences et la protection sanitaire.

OFFRE DE SOINS DE PROXIMITÉ

Sans être d’une innovation décapante, la liste des propositions pour améliorer l’offre de soins de proximité à au moins l’avantage de ne pas se contenter de proposer, comme toutes les autres listes, la construction de maisons de santé et autres maisons médicales de gardes. Les déserts médicaux sont un sujet complexe et, enfin, une liste le traite comme tel et non pas comme un passage obligé.

L’équipe Huchon a compris que cette désertification provenait entre autre du refus des jeunes médecins d’un exercice solitaire qui était le modèle des générations précédentes. La conclusion vient d’elle même et de manière pragmatique, les socialistes franciliens déroulent des mesures allant en ce sens : financement de réseaux de santé, maisons pluridisciplinaires, plateforme régionale de télésanté, soutien à des projets pilotes en systèmes d’informations de santé et mise en réseau à très haut débit des centres hospitaliers.

Le décloisonnement des acteurs de santé est un levier très important pour lutter contre la régression de l’accès aux soins, mais c’est insuffisant. Les jeunes professionnels de santé ne vont pas naturellement vers des zones d’exercices qu’ils n’ont pas appris à connaître durant leurs études. C’est pour cela que les propositions de Contrats « RéciproSanté » entre les internes et étudiants en formations sanitaires et sociales et la Région sont une bonne chose. Il faut saluer au passage l’extension de cette vieille revendication des étudiants en médecine aux autres professionnels de santé. Sans eux, le médecin isolé en zone rural ne peut pas offrir une prise en charge optimale à ses patients. Les contrats RéciproSanté seuls ne peuvent pas répondre au défi de la remédicalisation des territoires. Les aides à l’installation et les aides à l’équipement informatique seront donc aussi des leviers intéressants pour répondre aux attentes des populations.

Il y a, en la matière, un volontarisme clairement affiché par les socialistes qui ont travaillé vraiment le sujet même si l’on regrettera (en faisant la fine bouche), qu’aucune mesure ne soit proposée pour encourager la mobilité des médecins qui est le troisième levier pour lutter contre la désertification médicale…

PLAN RÉGIONAL POUR LES URGENCES

La place des Services d’Accueil des Urgences dans la médecine de premier recours n’est plus à démontrer. Pour autant, la volonté d’agir spécifiquement sur cette thématique assez éloignée à première vue des compétences de la Région peut surprendre. Mais il faut rappeler qu’aujourd’hui, les SAU sont les seuls services publics ouverts 24/24 et qu’il s’agit donc là d’un enjeu très important pour la population.

Les inquiétudes liées à l’augmentation du nombre de recours aux urgences sont tristement mises en lumière aujourd’hui avec le tour de vis économique que connaît le secteur. Il est évident que, notamment à Paris, la fermeture d’un SAU entrainerait une surcharge critique pour les services restant. La solution de facilité aurait été d’annoncer un plan global et vague sur la question. Ca coute cher, mais ca pouvait rapporter gros ! Mais, là encore, le sujet est travaillé et l’aide de la région portera donc non seulement sur l’adaptation de l’offre par rapport aux nouveaux besoins de la population, mais aussi sur la pérennisation de celle ci avec des mesures d’optimisation des flux d’entrée (maisons médicales de garde conventionnées) et de sortie (aide à l’équipement informatique pour la gestion des lits d’aval).

PROTECTION SANITAIRE

Dans la droite ligne du « bouclier social » que doit être la Région selon Jean Paul Huchon, le troisième volet de ses propositions santé reprend les principales thématiques actuellement à la croisée des chemins entre questions médicales et sociétales. Ainsi, on y retrouve le Pass Contraception qui est une reprise d’une bonne proposition de Ségolène Royal, accompagné du soutien aux centres de Planning Familial et aux Centres IVG qui sont des enjeux énormes en Ile-de-France et à Paris où 3 Centres qui réalisaient 25% des IVG vont fermer…

Je souscris également à l’appel à projet sur les grandes thématiques de Santé Publique que sont l’obésité, l’alcool et le SIDA dont on ne rappellera jamais assez que la moitié des malades français vivent en Ile-de-France et un quart à Paris.

Coté points noirs, puisqu’il y en a aussi dans le programme de JP Huchon, la proposition d’un Plan Santé/Environnement paraît traité avec beaucoup plus de désinvolture que le reste, comme si ce domaine était une chasse gardée des écologistes qui ne se sont pas privé, eux, d’en faire un programme à part entière, quitte à en oublier le reste ! Certains y verront un oubli important, je préfère y voir une occasion de complémentarité avec la liste d’Europe Ecologie en vue du second tour…

Enfin, dans sa volonté d’afficher un vrai soutien à la Santé des franciliens, le Président sortant a peut être été un peu trop loin en proposant des actions sur les maladies rares et orphelines. Non que la question ne soit pas digne d’intérêt, bien au contraire. Mais alors que la Santé n’est pas une compétence obligatoire de la Région, l’opportunité d’intervenir dans ce domaine ne me semble pas des plus prioritaires. Le soutien à la recherche et aux associations, passe encore… Mais que viennent faire là la création d’un cursus spécifique dans les instituts de formation des professions paramédicales et l’accompagnement des malades atteints par la drépanocytose et la trypanosomiase ?

CONCLUSION

Alors que ces principaux concurrents ont joué la carte du minimalisme sur la question, Jean-Paul Huchon, en cela sans doute bien aiguillonné par Anne Hidalgo dont on connaît l’engagement sur ces questions, affiche un volontarisme sans faille sur la Santé. C’est un programme abouti, qui prend des risques quitte à tomber parfois dans l’excès. Mais selon l’adage d’Oscar Wilde, il paraît que « la modération est une chose fatale » et que « rien ne réussi comme l’excès ». Dans ce cas, souhaitons que cette réussite soit déclinée, une fois le scrutin passé, en actes.

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Journée de la Femme: IVG, Contraception, féminime: mes réponses

mars 8th, 2010

Dans le cadre d’un Master, j’ai été interviewé ce week-end sur les questions de Contraception, d’IVG et sur les rapports qu’entretiennent les médecins avec les combats féministes. En cette Journée de la Femme, voici mes réponses.

  • En tant que futur médecin vous sentez-vous lié aux combats féministes sur la contraception et l’avortement ? Ce combat vous semble t’il désuet ?

Oui. Mais dire que ce sont des combats féministes est un peu réducteur. Bien évidemment ces questions ont été portées par le mouvement féministe qui, a un moment de l’histoire, a su se lever pour que l’égalité des hommes et des femmes soit reconnue. Mais l’IVG et la contraception, s’ils concernent en premier lieu les femmes, sont des combats pour la liberté des individus à disposer librement et en conscience de leurs corps. En ce sens, le médecin, par la relation qu’il entretien avec le corps de l’autre doit se sentir concerné par ces questions qui doivent interroger sa conscience.

Ces combats sont loin d’être désuets et on s’interroge encore chaque jour sur les questions d’accès à la contraception et à l’IVG, de prise en charge optimale et de prévention des grossesses non désirées à l’image du récent rapport de l’IGAS sur la question. Et même, au delà de l’aspect pratique des choses, il est souhaitable que ces questions soient sans cesse posées et ne soient pas des acquis gravés dans le marbre. Ce serait dramatique que ces questions de société, au delà de la problématique médicale qu’elles soulèvent, ne soient pas sans cesse remises sur l’ouvrage pour rester à la pointe de la modernité et commencent à sentir la naphtaline !

  • Quelle image se fait le jeune médecin que vous êtes du féminisme ?

Ce n’est pas tellement le jeune médecin que ces questions interrogent, mais le citoyen. J’ai toujours pensé qu’on apprenait aux jeunes médecins durant leurs études à devenir des machines de pointe. Connaître tous les protocoles, toutes les recommandations de prise en charge élaborées par des experts, souvent sur la foi de données scientifiques mais aussi lorsque ces données ne sont pas disponibles, par simple consensus d’experts, sans suffisamment insister sur l’aspect humain de la médecine. Etre médecin, ce devrait être aussi savoir interroger les grandes questions de société.

Ceci étant dit, il est évident que le féminisme a joué un rôle profondément structurant pour notre société. Le Droit de Vote aux femmes a permis en premier lieu d’établir un rapport de force avec le monde politique, essentiellement masculin, et donc de porter dans le débat public un certain nombre de questions, dont la contraception et l’IVG. Ce combat pour le contrôle du corps a posé les pierres de la féminisation du travail, ce qui change évidemment les fondations de notre société. Aujourd’hui, les combats pour l’égalité Hommes – Femmes dans les entreprises continuent de façonner notre quotidien.

Ce combat, on le retrouve dans la profession médicale qui s’est féminisée dans les 20 dernières années, modifiant en profondeur l’organisation de la profession. On peut regretter au passage qu’au sommet de la hiérarchie médicale il y ait encore trop peu de femmes. Sans doute s’agit il pour partie d’une sorte d’inertie liée à la longueur du cursus menant à ces postes, mais il faut être vigilant sur cette question pour inverser progressivement la tendance.

  • Le droit à l’avortement et à la contraception vous semblent t’ils acquis ?

Les principes fondamentaux sont acquis. Il semble quand même assez improbable qu’on remette en cause les principes du droit à la Contraception et à l’IVG. Et en cela, le principe républicain de laïcité est un rempart qu’il faut défendre avec intransigeance face aux pressions des groupes religieux. Par contre, il est évident, surtout en ce moment, que les conditions de l’accès à ces droits sont sources d’inquiétude. Par exemple, lorsque l’on ferme 3 centres parisiens qui réalisaient ¼ des IVG dans la capitale, cela se fait évidemment au prix d’une détérioration de l’accès à l’IVG, même s’il existe d’autres centres. On ne peut pas faire plus, ni même autant, avec moins. Il est donc primordial, et beaucoup de gens sont mobilisés sur cette question, d’être extrêmement vigilant à ce que ces droits ne deviennent pas des droits théoriques tel que peut l’être, sur une toute autre question, le Droit au Logement Opposable. Ce serait catastrophique.

  • Lors de vos études de médecine combien d’heures de cours ont été consacré à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesse ?

Dans le programme officiel du second cycle des études médicales, qui a pour objectif de former des étudiants à devenir de bons médecins généralistes, La Contraception et l’IVG sont traités par deux items (sur un total de 345), auxquels il faut ajouter l’expérience pratique dans le cadre des stages de gynécologie et des gardes d’urgence. On peut toujours discuter sur l’importance relative des différentes questions, mais cela me semble relativement équilibré. L’essentiel étant que par la suite, au cours du troisième cycle, ces questions soient approfondies pour les internes de Médecine Générale et pour les internes de gynécologie, médicale ou obstétrique.

  • Le mouvement français pour le planning familial déplore le manque de personnel médical pratiquant l’avortement, est-ce une réalité d’après vos expériences sur le terrain ?

Pour être honnête, dans ma pratique personnelle, je n’ai pas ressenti ce manque. Mais ayant fait mes études dans un grand CHU parisien (la Pitié-Salpêtrière), il est évident que ma vision est très biaisée. La démographie médicale en général est motif d’inquiétude et est un des grands enjeux de Santé Publique pour les décennies à venir. Il est donc logique que cette préoccupation se retrouve également dans la prise en charge de l’avortement.

La réalité est évidemment très différente entre une grande ville et une zone rurale et la question de l’égalité entre les territoires dans l’accès aux soins et donc à l’IVG n’est pas assez mise en avant.

Pour attirer de nouveaux médecins vers la pratique de l’IVG, il est primordial de revoir la tarification de l’IVG afin que cette pratique soit revalorisée. Ca a commencé à être fait dans les années passées, mais dans des proportions bien insuffisantes et ce mouvement doit être accéléré.

(NDLR : ce matin 08/03, RTL annonce une revalorisation à 450€ du forfait IVG, ce qui est évidemment une bonne nouvelle.)

  • Pensez-vous que des médecins refusent de pratiquer ces interventions médicamenteuses ou instrumentales pour des raisons économiques ?

Sans doute. D’où l’importance de la revalorisation que j’évoquais juste avant. Cela rejoint aussi la question de la prise en charge des patients ayants droit à la Couverture Maladie Universelle dont on sait que certains praticiens la refusent désormais. Or ce sont ces populations qui ont besoin d’un accès rapide à l’IVG car les situations sont souvent urgentes.

  • Est-ce un tabou aujourd’hui pour un médecin de pratiquer des IVG ?

Non. Et c’est heureux. L’IVG n’est pas un tabou dans le corps médical. Après, certains médecins font jouer une clause de conscience et refusent de pratiquer l’IVG. La loi prévoit ce cas de figure et autorise ce retrait, tout en précisant qu’il est assorti d’une obligation faite au praticien d’adresser la patiente vers un centre de soin capable de répondre à sa demande. Je pense que cette clause de conscience est très importante. Il ne s’agit pas là d’une restriction du droit à l’avortement mais au contraire la reconnaissance de l’importance de la conscience du médecin dans sa pratique. Un médecin ne peut pas être un simple exécutant de protocoles codifiés. L’Histoire a montrée les risques d’une médecine déconscientisée.

  • Vous êtes-vous déjà retrouvé confronté à des patientes enceintes de grossesses non désirées et n’ayant pas pu avoir recours à une IVG par faute de temps ou de moyens ?

Non. Mais il est évident que ces situations sont sources de souffrances extrêmes. La grossesse est déjà, en soit, un bouleversement émotionnel majeur, alors lorsque celle ci n’est pas désirée, c’est d’une violence terrible. A cela s’ajoute les conséquences sociales que peuvent avoir les grossesses non désirées. D’où l’importance du plein accès aux techniques d’IVG mais aussi de la prévention des grossesses non désirées au travers de l’accès à la contraception, de l’éducation sexuelle et de l’éducation aux bonnes pratiques contraceptives.

  • Que pensez-vous des « chèques contraception » proposée par Ségolène Royal ?

C’est une excellente idée. Quoi que l’on pense de Mme Royal, il faut lui reconnaître une certaine capacité à être en pointe sur certaines questions. D’ailleurs, cette proposition a fait des émules dans toutes les Régions puisqu’elle a été intégrée au programme national du Parti Socialiste pour les élections régionales à venir.

Sur un plan plus général, ces chèques permettent de s’assurer que toute jeune femme qui le désir puisse avoir accès à la contraception la plus adaptée pour elle en fonction de son histoire médicale et de ses attentes, sans qu’aucune condition de ressource intervienne dans ce choix. C’est une réponse très pragmatique à la question de l’accès à la meilleure contraception possible pour les femmes.

On peut simplement regretter qu’il s’agisse là de dispositifs régionaux qui viennent palier, là encore, une carence de l’Etat. Ces questions devraient être traitées à un niveau national.

  • En France, 2000 000 femmes ont recours à une IVG par an et 72% d’entre elles utilisent un moyen de contraception, est-ce qu’il y’auraient des évolutions scientifiques à envisager afin d’améliorer les moyens de contraception ?

Sans doute les modalités de contraception vont elles continuer à s’améliorer dans le sens d’une plus grande souplesse. Les horaires de prise, les conditions de rattrapage lorsqu’une prise a été manquée sont encore des contraintes, parfois lourdes pour les femmes. Heureusement, les nouvelles pilules, les implants ou encore les nouveaux stérilets rendent moins contraignantes ces méthodes. C’est en tous cas à la médecine de s’adapter aux femmes, certainement pas le contraire.

  • Est-ce que les restrictions budgétaires du gouvernement touche l’ensemble de la santé ?

Il y a aujourd’hui dans notre pays une volonté politique sans précédent d’affaiblir le Service Public de la Santé. La Tarification à l’Activité étouffe l’Hôpital Publique et résulte d’une logique d’assimilation des Etablissements de Santé à des Entreprises. C’est la logique du plan « Hôpital 2012 ». D’ailleurs, nous ne sommes plus des soignants, mais des producteurs de soins !

Les Franchises Médicales ont durablement affecté l’accès aux soins des malades en situation précaires. Comme si l’on voulait dire que chacun est responsable de sa maladie, alors que justement, en France, nous avons conçu notre pacte républicain, entre autre, sur le principe de solidarité face à la maladie.

Deux sujets d’actualité viennent encore appuyer ce que je dis. 200 médicaments vont être déremboursés. Ils s’ajoutent à une très longue liste. Ces médicaments sont souvent des médicaments dits « de confort ». C’est à dire qu’ils permettent à un malade avec un traitement lourd (typiquement les trithérapies des patients malades du SIDA) de supporter les effets secondaires de ces thérapies. Et l’on sait combien ces médicaments sont essentiels pour que ces malades continuent à observer correctement leurs traitements.

On parle aussi beaucoup des restructurations à l’AP-HP. Il ne faut pas être contre les restructurations par principe. D’ailleurs, l’AP-HP est une institution qui s’est toujours réorganisée, tout au long de son existence. Les prises en charges des malades elles aussi évoluent, ce qui peut justifier des adaptations des structures de prise en charge. Mais aujourd’hui, les décisions sont prises uniquement sur motifs économiques, sur des ordres venus du Ministère, sans aucune considération pour le devenir des patients. Avant les restructurations, il aurait fallu organiser les nouvelles modalités de prise en charge, notamment sur la question de la mise en réseau de la Ville avec l’Hôpital.

  • En tant que médecin, pensez-vous qu’il soit d’intérêt public que la contraception et les frais liés à une IVG soient intégralement remboursés et gratuits pour les mineurs ?

Oui. Sans équivoque possible. Les adolescents ont leurs premiers rapports sexuels vers 17 ans. Le remboursement de la contraception pour les mineurs est une application d’un principe de réalité qui est essentiel dans une société. Il suffit de faire le parallèle avec les années 70, où, comme le disait Simone Veil, 300 000 femmes chaque année bravaient la loi et se faisaient avorter dans la clandestinité. Une société moderne n’a rien à gagner et tout à perdre à vivre en décalage avec la réalité.

  • Pensez-vous que la relève des médecins partisans des féministes combats des années 1970 soit assurés par la nouvelle génération de médecins qui est la votre ?

La profession médicale se féminise et sera donc mécaniquement plus sensible à ces questions. Mais je le redis, je m’étonne toujours du faible niveau de conscientisation des jeunes médecins face aux questions de société. Sans doute faut il y voir la marque d’études exclusivement tournées vers la techniques médicale et soumise à la pression d’un concours qui encourage le bachotage.

  • Enfin, pensez-vous que la religion exerce toujours un pouvoir important sur la libre maitrise de la fécondité ?

Oui. Il n’y a qu’à voir les nombreux mouvements pro-life qui continuent de tenir des propos outranciers sur les femmes qui ont recours à la contraception et à l’IVG ainsi que sur les médecins qui la pratiquent. Ces lobbies se voient, trop souvent pour un Etat laïc, donner une voix par une quinzaine de Députés très organisés au sein de l’Assemblée Nationale et qui tentent systématiquement de faire passer des amendements restreignant ces droits dans toutes sortes de textes législatifs. Enfin, il faut souligner en la matière l’activisme de l’Aumônerie de l’Assemblée Nationale qui est, pour le moins, une anomalie démocratique.

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Affaire Soumaré: une question de libertés publiques

mars 5th, 2010

LeMonde.fr hier, repris par l’édition papier datée d’aujourd’hui 5 Mars, nous apprend que la fiche STIC d’Ali Soumaré a été consultée plus de 40 fois dans les semaines qui ont précédées la polémique. Ce qui semble accréditer la thèse d’une source policière « donnant » Ali Soumaré aux responsables UMP du Val d’Oise.

Si cette hypothèse est confirmée, alors il s’agit là d’un épisode terrifiant. D’une portée bien plus large que le simple enjeu électoral qui a motivé cette boule puante. Comment peut on imaginer que dans notre pays, aujourd’hui, des fonctionnaires de la Police Nationale puissent rechercher librement des informations sur un candidat à une fonction élective et transmettre ces informations au parti majoritaire ?

C’est terrifiant. Avec un vilain relent de George Orwell frelaté qui reste dans l’arrière gorge. N’étant pas par nature un paranoïaque forcené, j’aimerai croire qu’il ne s’agit là que d’un incident isolé. Malheureusement, l’histoire politique de notre pays démontre le rôle, déterminant en bien des occasions, des officines et des barbouses de tous bords.

La CNIL se saisit de ce dossier et c’est tant mieux. Une enquête de l’IGPN va avoir lieu. Il faudra être très attentifs au dénouement de cette histoire. Seule une condamnation lourde des responsables de cette fuite sera à même de calmer les esprits et d’envoyer un message claire sur l’indispensable esprit républicain dans lequel doivent se tenir les campagnes électorales à venir. A elle seule, cette affaire symbolise les dangers de fichiers contenant des informations sensibles et résume une réflexion essentielle à mener pour les libertés publiques.

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En route pour les régionales #8 – Où le programme Santé d’Europe Ecologie est passé au crible

mars 4th, 2010

Après avoir, il y a quelques temps, passé au crible le programme santé de Valérie Pécresse qui en était sortie quelque peu amochée, il est temps de faire de même avec les programmes Santé à Gauche, en commençant par celui d’Europe Ecologie.

Pas question de s’étendre à nouveau ici sur mon désespoir de voir l’écologie politique francilienne se cantonner à une campagne amnésique en oubliant qu’ils appartiennent à la majorité sortante et de fait se trompent trop souvent d’ennemi en attaquant à tort le bilan de Jean-Paul Huchon.

Pour la Santé des Franciliens, Europe Ecologie regarde, avant tout, au travers du prisme de la Santé environnementale. L’argumentation s’appuie sur le constat, exact au demeurant que « Les tumeurs et maladies cardio-vasculaires représentent 60% des décès et des maladies chroniques en Ile-de-France ». Mais il est important de préciser que ce taux est le même qu’au niveau national et qu’il n’y a donc pas, en la matière de particularisme régional.

De plus, la participation environnementale, dont on sait qu’elle est réelle dans les maladies pointées du doigt par le programme des Verts, est très variable d’une pathologie à l’autre et difficilement évaluable. Mais, si le diagnostic est imprécis, reconnaissons sans ambiguïté que la Région a, évidemment, vocation à agir  sur les modes et qualités de vie de la population.

Pour autant, la Région ne peut pas agir sur tout et l’on voit mal, par exemple, la déclinaison concrète de la dénonciation programmatique du Bisphénol A « jusque dans les biberons ! » (sic) en propositions d’actions régionales…

Comme c’est la mode à Gauche, les écologistes, eux aussi, souhaitent axer leur politique régionale de santé sur la prévention « en agissant pour un environnement respectueux de la santé, en travaillant sur la promotion et l’éducation à la santé, en diminuant les expositions à toutes les pollutions, en améliorant le cadre de vie des plus défavorisés, en luttant contre le stress au travail et en se battant contre les inégalités d’accès aux soins ». Vaste programme, comme disais l’autre ! D’autant que dans les propositions concrètes faites par Europe Ecologie, l’ambition semble nettement revue à la baisse. Parmi les 24 pages de propositions, aucune réponse concrète n’est apportée en la matière… Si ce n’est par le soutien à l’agriculture de proximité et aux transports « verts ».

La santé ce n’est pas, pour la liste écologique « seulement le recours aux soins ». Certes. Mais c’est aussi le recours aux soins et ce diagnostic est assez curieux au moment où ce scrutin régional est le moment où les questions d’accès aux soins et de démographie médicale doivent avoir une place prépondérante dans le débat public sur la santé. D’ailleurs, paradoxalement, Europe Ecologie l’a très bien compris, puisqu’à son tour, comme toutes les autres listes, elle propose de « renforcer le nombre de maisons médicales de garde, des centres de santé et des maisons pluridisciplinaires ». Tarte à la crème de cette campagne où toutes les listes, du Front National à Lutte Ouvrière font cette proposition.

Légers sur l’accès aux soins et la prévention, Europe Ecologie redresse (un peu) la barre concernant la prise en charge du vieillissement et de la Maladie d’Alzheimer en proposant un Objectif « Autonomie et Solidarité pour le Grand Âge » qui passerait par le financement de l’adaptation de l’habitat des personnes en perte d’autonomie pour permettre un maintien à domicile et un soutien aux centres d’accueil de jour et aux centres d’hébergement. Ces propositions, qui vont dans le bon sens, sont là aussi, des indispensables de la campagne en Ile-de-France dont on sait que les tendances démographiques vont, à l’image de la France, vers un vieillissement très important de la population. Là encore, aucune des listes sérieuses ne peuvent se passer d’une ligne de programme sur ce sujet qui concerne directement, un électorat très important.

Enfin, là où la liste conduite par Jean-Paul Huchon propose un financement régional d’une mutuelle santé pour les Jeunes, Europe Ecologie propose un « chèque santé jeunes ». L’intention est louable certes, mais insuffisant. Parce qu’un chèque santé n’est utilisable qu’une fois alors que l’on sait l’importance d’un suivi régulier dans la prise en charge global de jeunes dont le capital santé doit être préservé pour améliorer les chances au moment de l’intégration dans la vie professionnelle.

Il faut aussi regretter que cette aide soit liée « à des conditions de ressources » et « à une liste minima d’actes pris en charge par la mutuelle ». Si la condition de ressource peut se discuter (les chèques santé ne doivent ils pas être aussi une incitation à la prévention, y compris pour les plus aisés ? N’y a t’il pas un risque d’effet plafond ?), la restriction des actes pris en charges est une aberration. Les jeunes n’ont pas tous les mêmes problématiques de santé. La prise en charge de la santé des jeunes ne passe pas uniquement par la contraception, la correction de la vision et le dépistage des MST et il faut sortir de cette vision trop étroite. Ce que n’arrive pas à faire Europe Ecologie visiblement…

Si l’on regarde donc ce programme santé dans sa globalité, on y voit que le pire côtoie souvent le meilleur. Qu’Europe Ecologie, dont on pardonnera facilement son positionnement un peu facile sur la santé environnementale, a travaillé sur le sujet, pose les bonnes questions et effectue un bon diagnostic sans toutefois parvenir à aller au fond des choses en déclinant les bonnes idées en propositions concrètes. Mais sans aucun doute, l’écologie politique, au sein d’une future majorité régionale probable malgré les déclarations tapageuses de Cécile Duflot, aura son mot à dire sur les actions de santé.

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H1N1: Le Directeur Général de la Santé ne regrette (presque) rien

mars 3rd, 2010

Quelques semaines après la fin de l’épidémie de grippe A(H1N1)v, le Pr Didier Houssin revient dans l’édition de Libération en date du 1er Mars sur sa gestion de la crise en tant que Directeur Général de la Santé et Délégué Interministériel sur le risque pandémique. Au moment où la constitution d’une Commission d’Enquête Parlementaire a été définitivement adoptée et avant le début des travaux de celle-ci, c’est donc un éclairage particulièrement intéressant qui nous est livré.

Il ne regrette rien… Pour celui qui a porté à bout de bras le dispositif de lutte contre la grippe A(H1N1)v, « [son] action a été couronnée de succès » puisqu’il n’y a eu qu’environs 300 morts, ce qui est déjà trop, mais dont on peu s’accorder à dire que c’est un bilan plutôt faible. Toutefois, contrairement aux affirmations péremptoires d’il y a quelques semaines, Didier Houssin concède, et c’est un tournant, qu’ « on peut avoir un sentiment mitigé » et qu’une enquête parlementaire sera utile pour faire le point. Alors que l’ensemble de la majorité présidentielle avait fait bloc derrière lui et sa ministre de tutelle lors de l’audition parlementaire de Janvier, voici que la belle assurance se fissure.

Si la gestion publique de cette crise sanitaire « n’est pas un succès sur toute la ligne », alors quels sont les regrets du Directeur Général de la Santé ? Ils sont au nombre de deux : la place des Médecins Généralistes et la communication gouvernementale, notamment sur Internet.

A la question d’Eric Favereau portant sur le rôle essentiel des médecins généralistes dans la confiance accordée par les citoyens à un plan de Santé Publique de grande ampleur, le Pr Houssin se retranche, une fois de plus derrière des « contraintes techniques ». Selon lui, la volonté de rendre disponible la vaccination rapidement l’a alors emporté sur « la recherche d’un consensus sur son organisation ».

Pourtant, plus tard, trop tard, les médecins généralistes finiront par être inclus dans le dispositif de vaccination, après un échec retentissant des vaccinodromes, peu à même de mettre en confiance la population et trop rigide pour proposer une offre adaptée aux patients à risque. Ce qui était impossible au début de l’été redevenait subitement possible après l’échec du dispositif imaginé, au moment ou des millions de doses de vaccins se retrouvaient en surplus. Sur ce revirement, le Directeur Général de la Santé ne livre pas d’explications. Tout comme le silence assourdissant de cette interview sur les stocks d’antiviraux et le changement d’indications de ceux-ci courant janvier avec l’intention manifeste d’écouler autant que possible les stocks…

Pour autant, je rejoins le Pr Houssin sur un point. Les Pouvoirs Publics et les professionnels de santé n’ont pas su gagner la bataille de l’opinion, notamment sur Internet. A tel point que durant quelques semaines, les plus folles rumeurs et les papiers exaltants une hypothétique théorie du complot ont pris l’ascendant sur la Toile. Il est très probable qu’un des grands enseignements qui seront nécessairement tirés de cette crise sera la nécessité d’une communication efficace en temps de crise. Passionnant sujet mêlant stratégie internet, exercice de la démocratie, santé publique, libertés individuelles et libertés publiques.

Sur l’aspect logistique de la gestion de crise, la encore, Didier Houssin ne regrette rien. On ne le voit pas s’interroger sur la création ex nihilo de Centres de Vaccinations, en contradiction totale avec les principes de gestion de crise qui préconisent plutôt l’adaptation à une situation exceptionnelle de moyens déjà existants. Pas de regrets non plus sur les modalités des commandes de vaccins qui sont pourtant au cœur de toutes les polémiques.

La quantité de doses achetées est un procès moyen, même s’il n’est pas interdit de s’interroger sur cet aspect des choses puisqu’il s’agit de dépenses publiques. En effet, à tous ses détracteurs, Roselyne Bachelot opposera systématiquement le principe de précaution qui a valeur constitutionnelle. Sans doute cette interprétation trop restrictive et rendue pesante par le précédent de la canicule a trouvé là ses limites. Entre Principe de Précaution et Principe de Prévention, il faudra, à l’avenir, savoir trouver un nouvel équilibre.

Par contre, il faut regretter que Didier Houssin, ne dise rien des conditions de ces contrats. Pas de clauses de retrait, commande monobloc là où il aurait fallu des commandes à options pour mieux gérer l’incertitude qui régnait dans l’été sur la stratégie vaccinale à suivre, protection juridique des laboratoires vis-à-vis des effets secondaires potentiels. On aurait aimé avoir des explications sincères du Directeur Général de la Santé sur ces questions là. Gageons qu’elles seront obtenues, il faut en tous cas l’espérer, par la commission d’enquête parlementaire.

J’évoquais il y a quelques temps le bilan qu’il faudrait faire de cette épidémie. Un bilan scientifique, politique, économique et même sociétal. La Santé Publique a toujours évoluée, on peut le regretter mais c’est la réalité, avec les crises sanitaires. La Grippe Espagnole a amenée la création de l’OMS et du Ministère de la Santé. Le sang contaminé et l’amiante ont mis sur le devant de la scène la sécurité sanitaire. Le scandale de la vache folle a mis en lumière la nécessité de renforcer les contrôles pour assurer la sécurité alimentaire et le principe de précaution. La canicule de 2003 a porté l’attention sur la veille sanitaire et la veille syndromique. Dès lors, il ne serait pas très étonnant que la pandémie de grippe A(H1N1)v  apporte, elle aussi, son lot de nouveautés.

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Journée sans immigrés: 24h sans eux, c’est 24h sans nous!

mars 1st, 2010

Durcissement des lois sur l’immigration, création de zones d’attentes ad hoc, refus de régularisation de travailleurs sans-papiers, politique du chiffre à tout prix avec la création de quotas d’expulsions, la France terre d’accueil a vu sa politique d’immigration se transformer en une pénible loterie où sans discernement entre les situations on fait peser au dessus des têtes le slogan : « A qui le tour ? ».

Pourtant l’immigration, parce qu’elle enrichie notre vie économique, culturelle et sociale est une chance pour notre pays. Combien d’emplois créés par des immigrés, qu’ils soient de la première, seconde ou troisième génération ? Au prix douloureux d’un débat sur l’Identité Nationale centré sur le rejet de l’autre, on a oublié d’évoquer l’apport culturel et social de l’immigration. Par idéologie ou par pragmatisme électoral à quelques semaines des élections régionales ? Sans doute un peu des deux.

Quid également de la tradition d’accueil de la France ? A l’heure de la libre circulation des capitaux et des idées, dans cette mondialisation qui parfois écrase les individus, nous devons nous interroger sur la circulation des individus. L’immigration est bien souvent subie. Non par les pays d’accueil comme voudraient le faire croire certains responsables politiques, mais par les migrants, dont la plupart du temps, la décision de partir est l’aboutissement d’un long chemin de souffrance. Et il convient, inlassablement, de rappeler les mots de Michel Rocard : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde… Mais elle doit en prendre largement sa part ». C’est son identité autant que son honneur.

Alors aujourd’hui, symboliquement, ce blog s’associe à l’appel « La journée sans immigrés – 24h sans nous ». Pas d’autre billet que celui-ci et grève symbolique sur les réseaux sociaux et participation ce midi au sit-in devant l’Hôtel de Ville.

24h sans eux, c’est 24h sans nous. C’est surtout une journée pour se rendre compte que la France qu’on aime, ce n’est pas celle d’Eric Besson et Nicolas Sarkozy.

A demain !

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En route pour les régionales #7 – Où l’affaire Soumaré se retourne contre l’UMP et où la clarté est nécessaire sur le Grand Paris

février 26th, 2010

Les quelques jours qui se sont écoulés depuis que deux maires UMP du Val d’Oise ont décidés d’utiliser des méthodes ignobles, mêlant barbouzerie, délation et xénophobie auront des répercussions certaines sur le résultat du vote. L’affaire Ali Soumaré, comme elle a été nommée dans les médias, va profiter… à l’abstention. Mais comme il y a une justice quelque part, l’honneur de la tête de liste socialiste dans le Val d’Oise a été lavé et aujourd’hui, la démobilisation est clairement chez les électeurs de Droite qui, tout en conservant leurs opinions, respectables au demeurant, ne voteront pas pour une liste sans âme, sans projet et prête à tout pour pallier à ses faiblesses.

Une fois l’émoi médiatique retombé et pour s’éloigner des relents d’égout qui se dégagent de cette campagne, on va pouvoir recommencer à parler projet en étant audibles. Encore faudrait il que ne soient pas dissimulés les projets des uns et des autres, à l’exemple des rumeurs persistantes qui courent selon lesquelles le gouvernement et les candidats UMP aux régionales étudieraient la mise en place d’une taxe pour financer le projet pharaonique du Super Métro du Grand Paris.

Cette information n’est démentie pour l’heure ni par Christian Blanc, le Secrétaire d’Etat au Grand Paris, ni par François Fillon, ni par Valérie Pécresse. Si cette taxe est bien à l’étude, on comprend assez aisément que la tête de liste de la majorité présidentielle en Ile-de-France veuille dissimuler cette information sous le tapis, elle qui est déjà en délicatesse dans les sondages et qui devrait se faire recadrer Mardi prochain lors d’une entrevue avec Nicolas Sarkozy.

Cette taxe, non seulement dissimulée, serait également bien curieuse, puisqu’il s’agirait d’une taxe par anticipation, 15 à 20 ans avant la réalisation de l’hypothétique « Grand 8 » et qu’elle frapperait sans aucun discernement les particuliers et les entreprises, y compris celles et ceux qui ne résident pas sur le tracé du Super-Métro.

Dans le cas où une telle taxe serait bien à l’étude, il faudrait aussi y voir un véritable déficit de culture démocratique de la part de l’UMP. Car si l’impôt, prélevé avec tact et mesure, est un outil indispensable à la vie collective, celui-ci doit se faire dans la transparence, surtout en période électorale. Pourtant, on entend encore Xavier Bertrand le patron de l’UMP et son porte parole Frederic Lefebvre nous seriner en début de campagne qu’ils s’engageaient à ne pas augmenter les impôts dans les régions qui basculeraient à Droite. De même qu’à l’échelon supérieur Nicolas Sarkozy qui répète à longueur de discours qu’il n’a pas été élu pour augmenter les impôts et qui pourtant a créé quasiment une nouvelle taxe par mois depuis son accession au pouvoir !

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient…

Dans cette histoire, il n’est pas inintéressant de faire le parallèle avec Bertrand Delanoë qui après avoir gelé l’augmentation des impôts municipaux pendant sa première mandature a annoncé durant la campagne des municipales 2008 une augmentation des impôts de moins de 10% sur les deux premières années d’un second mandat avant de les stabiliser à nouveau. Transparence sur le projet durant la campagne et mise en œuvre après l’élection, c’est cela l’exigence démocratique lorsque l’on parle d’impôts.

Et si cette rumeur, pourtant insistante, se révélait fausse ? Dans ce cas, le financement du projet central du Grand Paris resterait toujours un mystère puisqu’aucune réponse n’avait été apportée lors des débats devant les parlementaires…

Tout le contraire du projet de Jean Paul Huchon, très précis et pragmatique sur la question des transports et qui propose de mettre  sur la table une enveloppe de 1,8 Milliard d’€ pour s’attaquer en priorité aux chantiers urgents qui pèsent sur la vie quotidienne des franciliens : modernisation de tous les RER et des trains de banlieue, désaturation de la ligne 13, prolongement du RER E, création de 6 nouveaux tramways, de 3 lignes ferrées, prolongement de 4 lignes de métro, réalisation d’Arc express…

Après le caniveau que l’on a atteint avec l’affaire Ali Soumaré, on ne peut que se réjouir de parler à nouveau projet. Les franciliens dans un récent sondage se prononçaient largement en défaveur d’un péage urbain à l’entrée de Paris. S’ils se sont prononcés ainsi, c’est parce qu’ils avaient pleine connaissance des positions des différents candidats sur la question. Il faut désormais que soit tranchée devant les électeurs la question du projet pour le Grand Paris et notamment la question du « Grand 8 ». Mais pour se faire, il faut que les auteurs de ce projet donnent aux franciliens tous les éléments pour pouvoir juger en conscience.

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Le médecin face à l’euthanasie – réflexions autour des « Voleurs de Liberté » de Jean Luc Romero

février 23rd, 2010

Une sympathique réunion dans une librairie du 15ème arrondissement de Paris a été l’occasion pour moi d’échanger quelques mots avec Jean Luc Romero à propos de son combat pour une loi sur le Droit à Mourir dans la Dignité. Quelques mots simples avec l’auteur d’un récent ouvrage sur « Les Voleurs de Liberté » au travers desquels j’ai pu exprimer le malaise que ressent certainement la majorité des jeunes médecins de mon âge face à la question de la fin de vie.

Avant d’entrer plus avant dans le débat sur l’euthanasie, il faut reconnaître à Jean Luc Romero la constance dans l’engagement sur les questions de sociétés. Que ce soit sur les problématiques liées au SIDA (il est président de l’association Elus Locaux Contre le SIDA et membre du Conseil National du SIDA) ou sur les questions de fin de vie (il est président de l’ADMD – Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité), cet ancien membre de l’UMP, contre les idées dominantes de son parti s’est toujours exprimé en dépit des pressions qu’il a pu connaître. Jusqu’au point de rupture qui l’a amené à quitter le parti présidentiel et à siéger en tant qu’apparenté au groupe des radicaux de gauche au Conseil Régional d’Ile-de-France sans pour autant être encarté dans quelque famille politique que ce soit. Fort de cette constance dans l’engagement sociétal, il a désormais choisi de mener ses combats en position éligible sur la liste socialiste parisienne aux élections régionales.

Puisqu’il y aura des points de désaccord dans le propos qui va suivre, il convient également de bien préciser les choses sur l’ADMD. Au travers des propos et des témoignages que l’on peut lire ça et là sur cette association qui fait polémique, on ne peut leur faire qu’un seul procès, celui d’aimer la vie et de considérer la mort comme une étape de celle-ci. Les grotesques amalgames comparant cette association aux crimes nazis ne sont qu’écrans de fumés, manifestement lâchés à dessein par les lobbies qui ne souhaitent pas qu’une loi sur l’euthanasie active soit votée par le Parlement et encore moins qu’un débat libre puisse s’engager sur la question. Ce ne sont pas non plus des allumés d’un prosélytisme morbide, bien au contraire. Ils réclament simplement le droit à choisir leur mort et d’être assistés pour que celle-ci soit douce et intervienne avant que les outrages de la maladie et de la souffrance physique et morale ne dépassent le seuil de l’intolérable.

Ces précisions utiles pour engager un débat serein étant données, on peut se pencher sur le nouvel ouvrage de Jean-Luc Romero. Mi témoignage, Mi pamphlet et agrémenté de conseils pratiques afin de préparer au mieux sa fin de vie dans le respect du cadre légal actuel de la loi de 2005, « Les voleurs de liberté » est d’abord et surtout un coup de gueule.

Ce cri, le président de l’ADMD le pousse contre tous ceux qui refusent un débat sincère sur l’euthanasie. Et il est vrai que dans notre vieux pays, les conservatismes sont nombreux et souvent subordonnés à des interdits religieux. Et Jean Luc Romero a bien évidemment raison de dénoncer avec vigueur la quinzaine de députés très organisés et sous influence directe de l’Aumônerie Parlementaire qui rajoutent systématiquement des amendements d’un conservatisme d’un autre âge dans tous les textes touchant de près ou de loin les questions de société car c’est là une curieuse dérive démocratique dans un pays qui revendique sa laïcité.

Il est vrai également que ce débat sur la fin de vie est confisqué par quelques uns, en tête desquels siège le député UMP Jean Leonetti, rédacteur de la loi de 2005 sur la fin de vie. En effet, autre aberration démocratique, c’est le même Jean Leonetti qui fut désigné par le gouvernement pour évaluer la loi dont il était lui-même l’auteur. Un peu comme si l’élève notait lui même sa copie ! Au moins, les tenants du statu quo n’ont ainsi pas à s’en faire, le statu quo est certain vu la faible probabilité que Jean Leonetti se déjuge…

S’il n’y a aucune raison de ne pas ouvrir en grand ce débat en des termes libres et non faussés par les diktats de quelques lobbies conservateurs, ce n’est pas pour autant que la nécessité d’une loi apparaît comme une évidence. Pourtant, les arguments forts de l’ADMD ne manquent pas.

D’abord, une loi permettrait de remettre de l’égalité entre les citoyens face à la mort puisque aujourd’hui seuls les plus riches peuvent faire le voyage vers la Suisse ou les royaumes du Benelux qui ont légalisés l’euthanasie.

Ensuite, une loi sur l’euthanasie permettrait de mieux cadrer avec la réalité d’aujourd’hui ou l’on sait qu’en dépit de la législation sur la fin de vie, l’euthanasie est pratiquée en France, en dehors du cadre légal par quelques médecins. Elle permettrait aussi de mieux cadrer avec les attentes des français en la matière car selon une enquête d’opinion BVA pour l’ADMD, 86% des citoyens seraient favorables à une telle loi. Enfin, les quelques douloureuses affaires d’euthanasies s’étant soldées par une comparution aux assises se sont toutes terminées par un acquittement. Une nation n’a aucun intérêt à voir se développer une inadéquation entre la loi et la réalité. C’est le même raisonnement qui avait pesé lourd dans les années 70 lors du combat pour la légalisation de l’IVG.

Mais, parce qu’il y a toutes ces bonnes raisons, le jeune médecin que je suis trouve nécessairement des objections et des doutes sur la route qui mène à une loi sur l’euthanasie. Parce que, comme j’ai eu l’occasion de le dire devant l’auteur des « voleurs de liberté », pour un jeune médecin fraichement nommé, le décès d’un patient est nécessairement vécu, avec plus ou moins d’intensité, comme un échec. Cela tient, sans doute, à la manière dont nous est enseignée la relation du soignant à la mort de son patient. Aujourd’hui la carence en la matière me paraît flagrante…

Car la pierre angulaire de la médecine telle qu’on l’enseigne aujourd’hui, c’est le premier aphorisme hippocratique : Primum non nocere. Premièrement, ne pas nuire. C’est à dire, ne pas aller au delà de soins raisonnables pour un patient et savoir choisir les thérapeutiques avec tact et mesure. Cet enseignement antique qui sous tend le principe du refus de l’acharnement thérapeutique est d’une actualité fracassante avec le développement, dans les cinquante dernières années de techniques de réanimation médicale que personne n’aurait pu imaginer au début du XXème siècle. Mais évidemment, dans l’acception la plus commune, le Primum non nocere comprend l’interdiction formelle pour le médecin de donner la mort à son patient.

Le respect de la vie par le corps médical est essentiel. Et cet interdit là, nous nous le posons au travers de nos études, sans doute influencés par nos aînés et les quelques Maîtres qui nous ont enseignés l’art médical. Ce qui nous conduit à nous interroger sur les répercussions qu’auraient une loi légalisant l’euthanasie sur la condition de médecin. Garants de la vie et de la santé depuis des siècles, nous deviendrions aussi garants de la bonne mort de nos patients ? C’est à tout le moins une redéfinition profonde de l’enseignement d’Hippocrate où « ne pas nuire » se comprendrait comme « délivrer de ses souffrances un malade en fin de vie ». C’est ici que le jeune médecin que je suis se trouve au bord de l’abyme…

L’évolution actuelle de la médecine est à l’autonomisation du patient face à sa maladie et à l’encouragement de l’exercice de son libre arbitre. Et, en la matière, il suffit de se retourner quelques instants pour voir à quel point le modèle de la médecine paternaliste connue par nos aînés est aujourd’hui désuet. Pour autant, l’exercice de ce libre arbitre par le patient nécessite évidemment une information claire, loyale et intelligible de la part du médecin sur son état et sur les différentes alternatives thérapeutiques qui s’offrent à lui. Dès lors, comment se résoudre lorsque l’on est médecin à proposer la mort comme solution pour soulager des souffrances devenues inutiles ?

Et si, comme ce serait sans doute le cas dans la réalité, c’est le patient qui vient à son médecin avec une demande d’euthanasie faite en pleine conscience et après une information claire et loyale ? Au delà de la clause de conscience que comporterait bien évidemment une loi sur l’euthanasie telle que voulue par l’ADMD, est ce le rôle du médecin que d’accéder à une telle demande ? Pouvons nous être le média par lequel un patient accède aux moyens de sa propre fin ? Il n’est pas question ici de nier la dimension compassionnelle et empathique d’un tel geste, mais plutôt de questionner les fondements mêmes de la médecine.

C’est sans doute le seul reproche que je ferais à Jean Luc Romero au travers de son livre : ne pas suffisamment prendre en compte les interrogations et les doutes des soignants face à ces situations. De même, lorsqu’il s’étonne de la préemption des débats sur la bioéthique par le corps médical, s’il a raison de pousser pour que chaque citoyen se conscientise sur ces questions déterminantes pour la société, il oublie, un peu, que face à ces questions le médecin aussi s’interroge et doute. Bien loin des arrogances et des certitudes qu’une infime minorité peut avoir.

Dans un pays comme le notre, qui connaît une période de crispation sans précédente, il est nécessaire de mettre en place les conditions d’un vrai débat sur la question de l’euthanasie, mais aussi, plus largement, sur toutes les questions de sociétés, car elles sont des respirations pour la démocratie. Lorsque celles-ci touchent à la santé, elles ne peuvent, évidemment, être accaparées par les médecins. Mais elles ne peuvent, non plus, être traitées sans ou contre les médecins. Au contraire, c’est de la rencontre entre les citoyens, le corps médical et les décideurs politiques qu’émergeront les conditions d’un débat libre, éclairé et éclairant pour notre société sur la question de l’euthanasie. En attendant, avant même que ces conditions ne soient réunies, il n’est pas interdit aux jeunes médecins de réfléchir, activement, à cette difficile question.

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En route pour les régionales #6 – Où les tendances des sondages permettent de faire un point d’étape à un mois du scrutin

février 18th, 2010

Il y a quelque chose de réjouissant à regarder les sondages en temps de campagne électorale. Vous l’aurez certainement remarqué, que l’on soit du coté des perdants ou des gagnants, les études d’opinions sont soit « biaisées, truquées, incertaines, avec un taux d’indécis très fort », soit « des indications à un moment données, sur lesquels il ne faut pas se reposer mais qui sont très encourageantes ». Pourtant, les sondages restent aux campagnes électorales ce que les statistiques sont aux compétitions sportives, c’est à dire un élément de discussion et d’analyse indispensable. Et à un mois du scrutin, il n’est pas inutile de faire un point d’étape afin de regarder l’état des forces en présence.

Evidemment, plus on se rapproche de l’échéance, plus le tôt d’indécis diminue et plus la fiabilité de l’enquête d’opinion augmente. Et si l’analyse des chiffres brut d’un sondage unique ne donne que peu d’informations à un mois de l’échéance électorale, porter un regard sur l’évolution des chiffres sur plusieurs enquêtes permet une analyse intéressante et relativement robuste, non sur les résultats du scrutin à venir, mais sur la campagne elle-même.

L’Ile-de-France qui est étudiée à la loupe par tous les observateurs de la vie politique car son résultat aura nécessairement des répercussions nationales est donc multi sondée ce qui donne matière à réflexion.

Jean-Paul Huchon, président sortant est donné grand gagnant de cette élection avec près de 16 points d’avance dans l’hypothèse d’un second tour l’opposant à Valérie Pécresse (58% contre 42%). Mieux, 57% des Franciliens jugent « satisfaisante » l’action du Conseil Régional selon une enquête TNS Sofres. Ce qui est assez remarquable après 12 ans de gestion, soit dit en passant.

Il est donc fort probable que la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche paie dans l’opinion sa campagne poubelle et son agressivité envers la majorité sortante qui aurait pu être payante si elle s’appuyait sur un programme solide et innovant. Or, entre les boulettes de ses colistiers et la vacuité d’un programme dont nombre de propositions sont de fait déjà réalisées ou en cours de réalisation, Valérie Pécresse qui doit également faire face à la fronde dans son propre camps n’a rien de solide pour étayer ses attaques envers Jean-Paul Huchon.

L’autre enseignement de cette succession de sondages, c’est le trou d’air que traverse, en Ile-de-France, Europe-Ecologie avec à sa tête Cécile Duflot. La liste verte n’a donc pas su capitaliser son électorat de juin dernier (20,86% des suffrages en Ile-de-France) ni profiter de la bonne perception du bilan du Conseil Régional qu’ils ont pourtant cogéré avec les socialistes pendant 12 ans. Avec 12 points de retard sur Jean Paul Huchon, les verts paient sans doute un mauvais début de campagne avec la proposition retoquée par l’opinion d’un tarif Navigo unique et l’agressivité, là encore, dont a fait preuve Cécile Duflot envers le président de région sortant. Cet écart, s’il se maintien, facilitera d’autant les négociations de second tour en vue de réunir la Gauche.

De l’autre coté de l’échiquier des forces en présences, trois enseignements se dégagent : La descente aux enfers de la liste MoDem qui reste au fil des études d’opinion créditée de moins de 5% des intentions de vote, moins que le NPA d’Olivier Besancenot, crédité lui de 5,5%. Le problème n’est ici pas régional puisque l’effondrement du MoDem est une tendance lourde dans un grand nombre de région. Confirmation que ce parti n’a qu’une seule vocation, celle de préparer les présidentielles de 2012 autour de son leader François Bayrou. En plus de cette vocation présidentielle peu propice à braquer la logistique d’un parti vers des enjeux locaux et régionaux, on a vu, notamment dans les Hauts-de-Seine un MoDem déchiré où les petits élus locaux ont décidé des listes allant à l’encontre du vote des adhérents quitte à marier carpes et lapins tout sourire sur la photo alors qu’ils se détestent une fois la lumière des projecteur éteinte. Quoi qu’il en soit, ces régionales devraient régler, une fois pour toute, le problème de l’alliance au centre pour la parti socialiste. Un mariage de raison électoraliste n’ayant plus lieu d’être avec des centristes moribonds.

A l’extrême Gauche par contre, la tendance est plutôt aux sourires. A coté des 5% du NPA, le Front de Gauche confirme aux alentours de 7%, sans toutefois pouvoir prétendre au maintien au second tour, tout en ayant la possibilité de fusionner les listes pour le second tour dans le cadre du rassemblement de la Gauche. Le contexte de crise économique et sociale ainsi que la contestation née de l’autoritarisme actuelle du gouvernement redonne des couleurs à une partie de la Gauche pourtant mal en point il y a quelques années.

On se satisfera aussi, plus anecdotiquement, de l’effondrement du Front National. Double cause, locale et nationale à cette chute du FN : d’un coté la sociologie de la région qui a profondément changée ces dernières années au profit de classes sociales qui n’ont pas vocation à voter pour l’extrême droite ; de l’autre, l’application par Nicolas Sarkozy de pans entiers du programme du FN notamment en matière d’immigration.

Il reste un mois de campagne et les tendances peuvent s’inverser. Mais les tendances existent et elles sont lourdes, confirmées sur plusieurs enquêtes d’opinion d’affilée. Et même si, comme Bertrand Delanoë aime à le rappeler, l’élection n’est jouée que « lorsque le dernier électeur a mis son bulletin dans l’urne », on peut raisonnablement prévoir que les différents rapports de force ne s’inverseront pas de manière spectaculaire dans les semaines à venir.

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Document: Le discours de Simone Veil sur l’IVG, 36 ans déjà et toujours d’actualité

février 16th, 2010

Avec les fermetures de Centre IVG et les diminutions de crédits pour les PMI et les Planning Familials, les motifs d’inquiétudes sont grands pour ce droit inaliénable des femmes à disposer de leur corps. Nous en avions parlé ici même à l’occasion de la remise d’un rapport de l’IGAS sur le sujet.

Dans cette période difficile, on a du mal à croire que le combat pour le droit à l’avortement remonte à (déjà) 36 ans. L’occasion, pour mieux comprendre les enjeux de cette question cruciale, de relire le discours historique de Simone Veil devant l’Assemblée Nationale.

Le voici donc reproduit in extenso dans la série « Documents » de ce blog. Vous pourrez, bien évidemment, engager le débat dans les commentaires de ce billet.

_____________________________________________________

Discours de Simone Veil à l’Assemblée nationale, première séance du 26 novembre 1974

Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, si j’interviens aujourd’hui à cette tribune, ministre de la santé, femme et non parlementaire, pour proposer aux élus de la nation une profonde modification de la législation sur l’avortement, croyez bien que c’est avec un profond sentiment d’humilité devant la difficulté du problème, comme devant l’ampleur des résonances qu’il suscite au plus intime de chacun des Français et des Françaises, et en pleine conscience de la gravité des responsabilités que nous allons assumer ensemble.

Mais c’est aussi avec la plus grande conviction que je défendrai un projet longuement réfléchi et délibéré par l’ensemble du Gouvernement, un projet qui, selon les termes mêmes du Président de la République, a pour objet de « mettre fin à une situation de désordre et d’injustice et d’apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps ».

Si le Gouvernement peut aujourd’hui vous présenter un tel projet, c’est grâce à tous ceux d’entre vous – et ils sont nombreux et de tous horizons – qui, depuis plusieurs années, se sont efforcés de proposer une nouvelle législation, mieux adaptée au consensus social et à la situation de fait que connaît notre pays.

C’est aussi parce que le Gouvernement de M. Messmer avait pris la responsabilité de vous soumettre un projet novateur et courageux. Chacun d’entre nous garde en mémoire la très remarquable et émouvante présentation qu’en avait faite M. Jean Taittinger.

C’est enfin parce que, au sein d’une commission spéciale présidée par M. Berger, nombreux sont les députés qui ont entendu, pendant de longues heures, les représentants de toutes les familles d’esprit, ainsi que les principales personnalités compétentes en la matière.

Pourtant, d’aucuns s’interrogent encore : une nouvelle loi est-elle vraiment nécessaire ? Pour quelques-uns, les choses sont simples : il existe une loi répressive, il n’y a qu’à l’appliquer. D’autres se demandent pourquoi le Parlement devrait trancher maintenant ces problèmes : nul n’ignore que depuis l’origine, et particulièrement depuis le début du siècle, la loi a toujours été rigoureuse, mais qu’elle n’a été que peu appliquée.

En quoi les choses ont-elles donc changé, qui oblige à intervenir ? Pourquoi ne pas maintenir le principe et continuer à ne l’appliquer qu’à titre exceptionnel ? Pourquoi consacrer une pratique délictueuse et, ainsi, risquer de l’encourager ? Pourquoi légiférer et couvrir ainsi le laxisme de notre société, favoriser les égoïsmes individuels au lieu de faire revivre une morale de civisme et de rigueur ? Pourquoi risquer d’aggraver un mouvement de dénatalité dangereusement amorcé au lieu de promouvoir une politique familiale généreuse et constructive qui permette à toutes les mères de mettre au monde et d’élever les enfants qu’elles ont conçus ?

Parce que tout nous montre que la question ne se pose pas en ces termes. Croyez-vous que ce gouvernement, et celui qui l’a précédé se seraient résolus à élaborer un texte et à  vous le proposer s’ils avaient pensé qu’une autre solution était encore possible ?

Nous sommes arrivés à un point où, en ce domaine, les pouvoirs publics ne peuvent plus éluder leurs responsabilités. Tout le démontre : les études et les travaux menés depuis plusieurs années, les auditions de votre commission, l’expérience des autres pays européens. Et la plupart d’entre vous le sentent, qui savent qu’on ne peut empêcher les avortements clandestins et qu’on ne peut non plus appliquer la loi pénale à toutes les femmes qui seraient passibles de ses rigueurs.

Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu’elle est déplorable et dramatique.

Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l’écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies  est tel qu’il n’y a plus à proprement parler de répression, c’est le respect des citoyens pour la loi, et donc l’autorité de l’État, qui sont mis en cause.

Lorsque les médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque des services sociaux d’organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l’étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d’anarchie qui ne peut plus continuer.

Mais ? me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?

Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c’est bien qu’ils s’y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu’ils ne peuvent méconnaître. Parce qu’en face d’une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu’en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l’angoisse d’un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l’argent, si elle sait s’informer, se rendra dans un pays  voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300 000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.

C’est à ce désordre qu’il faut mettre fin. C’est cette injustice qu’il convient de faire cesser.

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Etude PREVAGAY: Mieux connaître le VIH dans les milieux gays parisiens pour mieux le combattre

février 15th, 2010

L’Institut de Veille Sanitaire (INVS) a rendu publique les résultats d’une récente étude d’estimation de la prévalence du VIH « auprès des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) et fréquentant des établissements de convivialité gay parisiens ». Les résultats de cette étude sont particulièrement alarmants pour cette population spécifique.

L’étude PREVAGAY s’est déroulée du 28 Avril au 5 juin 2009 dans 9 Saunas et 5 bars gays parisiens auprès de 917 hommes qui ont acceptés de participer à l’étude. Il s’agissait pour eux de réaliser un auto-prélèvement de sang capillaire à déposer sur un buvard puis de remplir un questionnaire comportemental.

17,7% des personnes testées étaient séropositives, proportion très supérieure à celle que l’on peut retrouver dans la communauté homosexuelle en générale. Comme attendu, cette proportion augmente avec l’âge des testés. Au delà de cette prévalence très importante, c’est l’incidence des nouveaux cas de VIH qui est motif d’inquiétudes puisqu’elle s’élèverait dans cette population à 7,5% par an.

Par ailleurs, 31 des 157 séropositifs repérés par l’étude ne déclaraient pas cette séropositivité dans le questionnaire qu’ils avaient remplis. Que ce soit par peur du jugement ou par méconnaissance de leurs statuts vis à vis du VIH puisque parmi les 31 patients discordants entre leurs statuts sérologiques et leurs déclarations, 22% n’avaient jamais réalisés de tests de dépistage. Parmi ceux qui connaissaient leurs séropositivités, 25% avaient réalisés un test de dépistage dans l’année écoulée et 75% en avaient fait au moins un dans les deux dernières années.

Cette étude est exemplaire à plus d’un titre. D’abord, son succès n’a été possible qu’avec le soutien des associations LGBT et des professionnels de la nuit. Cette collaboration entre scientifiques, associations et professionnels est essentielle pour pouvoir cibler des catégories à risque pas toujours accessibles à ce genre d’études épidémiologiques.

Elle est également exemplaire parce qu’elle met en lumière l’importance de stratégies de prévention et de dépistage adaptées aux populations cibles et qu’on ne peut sans doute pas toucher toute la communauté homosexuelle de la même manière.

PREVAGAY doit être diffusée auprès des acteurs locaux que sont la Ville de Paris et le Conseil Régional. Les efforts entrepris depuis plusieurs années par les responsables politiques d’Ile-de-France, région qui recense la moitié des cas de SIDA du pays, doivent s’appuyer sur ce genre d’études pour être renouvelés et adaptés plus finement aux populations à risque.

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En route pour les régionales #5 – Où la solidarité gouvernementale est soluble dans la campagne

février 12th, 2010

La solidarité gouvernementale est elle soluble en temps de campagne électorale ? C’est la question que l’on peut se poser au regard des curieux communiqués de presse diffusés par Valérie Pécresse et Chantal Jouanno sur la santé durant ces dernières 48h.

La première à ouvrir le bal a été Chantal Jouanno, la tête de liste parisienne de l’UMP. Dans un communiqué, elle rappelle la reculade de Roselyne Bachelot qui a repoussé à l’après Régionales l’officialisation des décisions qui sont en réalité déjà prises, comme le montrent les déclaration du Directeur Général de l’AP-HP de la mi-janvier. Mais, selon elle, « L’évolution des effectifs sera fonction du projet médical et des réorganisations qu’il impliquera ». Certes, il y aura un projet médical, c’est obligatoire. Mais celui-ci sera revu à la baisse sous couvert d’un objectif « d’efficience ». En réalité, on sait que ce plan stratégique va entrainer aux alentours de 4000 suppressions d’emplois dont la moitié de postes de soignants et la fermeture de plusieurs services ou établissements. Trousseau, le centre IVG de Tenon, le Service d’Accueil des Urgences de l’Hôtel Dieu et d’autres sont en cours de fermeture ou sont fortement menacés. Le projet médical, on le voit, n’est qu’un cache-sexe.

Dans une campagne où, derrière la question des transports, l’accès à la santé est le second enjeu pour la région, on aurait aimé entendre Mme Jouanno et Mme Pécresse se positionner clairement sur Trousseau, sur Tenon, sur l’Hôtel Dieu, sur les suppressions de postes. Car qui peut croire qu’avec de telles restructurations, l’accès aux soins sera le même qu’aujourd’hui et que les conditions d’accueils et de soins seront meilleures alors qu’elles sont déjà, aujourd’hui, très difficiles ?

Chantal Jouanno rappelle qu’au vu de « l’excellence de sa recherche » l’AP-HP peut prétendre à une part non négligeable du Grand Emprunt. Tant mieux. Il est vrai que l’Assistance Publique a connue de belles victoires dans le champ des technologies médicales de pointe. On se rappelle de la découverte du chromosome surnuméraire de la Trisomie 21, de la naissance d’Amandine, premier bébé éprouvette ou encore des première thérapies géniques chez des enfants atteints d’adrénoleucodystrophie. Cela doit continuer, cette recherche doit être fortement soutenue. Mais cela ne doit pas faire oublier que la première fonction d’un hôpital, c’est le soin.

Un peu plus tard, c’est Valérie Pécresse qui a lancé une bien curieuse offensive. Cette fois sur la question de l’accompagnement des patients atteints de la Maladie d’Alzheimer. En sortant de l’Hôpital Broca (dont le centre Alzheimer a été financé à hauteur de 400 000€ par la Région), elle a dénoncé « la passivité de la région dans la formation des nouveaux métiers d’accompagnement ».

Dans son programme elle proposait, elle qui est Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, il faut le rappeler, de financer sur les crédits de la région la recherche, entre autre sur la maladie d’Alzheimer. Pourtant, on se souvient des promesses de Nicolas Sarkozy sur le reversement intégral des recettes de la Franchise Médicale au Plan national sur la Maladie d’Alzheimer. 3 ans après cette promesse, associations et laboratoires n’ont toujours pas vu la couleur de ces subsides. Valérie Pécresse ne se prononcera pas là dessus non plus. Malheureusement.

Il y a une sorte d’indécence dans le double discours de Mmes Pécresse et Jouanno sur la Santé en Ile-de-France. On ne peut pas jouer la solidarité gouvernementale le matin pour ensuite défendre l’exact contraire de ce qui est fait l’après-midi. On ne peut pas promettre en tant que candidate ce que l’on n’a pas fait en tant que Ministre. Surtout, on ne peut pas tenter de passer sous silence ce vrai débat que sont les restructurations à l’AP-HP.

Soignants et patients attendent avec impatience les prises de positions de Valérie Pécresse sur les restructurations envisagées à l’AP-HP et sur les financements nationaux du plan Alzheimer.

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En route pour les régionales #4 – Où Cécile Duflot se trompe d’adversaire et où les transports sont le grand enjeux de la campagne francilienne

février 10th, 2010

Quelle mouche a donc bien pu piquer Europe Ecologie ? On les savait enorgueillis et portés par leur retentissant succès de Juin dernier aux élections européennes, on les connaissait ardents défenseurs du développement durable quitte à disserter parfois sur des thèses d’économie fiction comme lorsqu’ils ont mis un pied dans la théorie de la décroissance.

Mais ils avaient été jusqu’ici des alliés fidèles selon un scénario bien rodé : Candidatures indépendantes aux élections et rassemblement quasi automatique au second tour avec négociation au pro rata du rapport de force observé. D’ailleurs, dans la plupart des collectivités territoriales, les Verts et maintenant Europe Ecologie sont actifs, au sein des majorités de Gauche.

Compte tenu de ce passé commun, qui n’a certes pas toujours été facile, il est extrêmement étonnant et pénible de voir Cécile Duflot rompre avec cette tradition. Dans une interview au Figaro, la tête de liste Europe Ecologie en Ile-de-France a refusé de répondre à la question de son désistement au second tour au cas (fort probable) où la liste Europe Ecologie arriverait en troisième position derrière la liste UMP et la liste PS.

« Il ne s’agit pas, par principe, de reconduire les alliances antérieures. Après deux mandats de Jean-Paul Huchon, nous souhaitons pouvoir aller plus vite. Le statu quo n’est plus possible. Il faut aujourd’hui un cap politique cohérent, qui réponde à la globalité de la crise. Je crois que c’est ce que permettrait une présidence écologiste. »

Etrange conception que celle de la liste écologiste. Après avoir passé 12 ans dans la majorité au Conseil Régional, voici qu’ils tapent sur un bilan, qualifié au demeurant d’excellent par La Tribune il y a quelques jours, qu’ils ont eux même participé à créer. En se trompant d’adversaire, Cécile Duflot se présente sous un jour nouveau. Celui d’une Mrs Hyde, pendant désagréable d’un bon Dr Jekyll que voudrait incarner Daniel Cohn-Bendit dans ses efforts désespérés pour tenter l’union de premier tour en Languedoc-Roussillon avec cette proposition habile de présidence tournante. Las, la proposition a fait pschiiiiit et l’union ne se fera pas dans le Sud, ouvrant une voie royale à la reconduction de George Frêche.

Mais que tente de dire Cécile Duflot en se trompant aussi gravement d’adversaire ? Qu’elle souhaite une rupture avec la tradition d’alliance de second tour ? Personne n’y croit et si les tendances sondagières se confirment, je n’imagine pas un seul instant que les écologistes refusent l’alliance quitte à faire gagner l’UMP. Veut elle annoncer dès aujourd’hui qu’elle vendra chèrement sa peau et celle de sa liste lors des négociations de l’entre deux tours ? Dans ce cas, l’opération est malhabile car ce n’est pas en envenimant les débats qu’elle créera le climat de confiance nécessaire pour lisser les difficultés nées de campagnes de premier tour séparées.

Il est bien plus probable que tout ceci ne soit qu’une grossière opération de communication. En chute libre dans les sondages, distancée de 8 points ou plus par la liste socialiste, Cécile Duflot ne cherche qu’une chose : rallier le vote des électeurs pas encore convaincus par le début de convalescence que montre le PS en ce début d’année.

Plutôt que des déclarations tapageuses, bien évidemment saluées par la liste UMP dont la division entre socialistes et écologistes semble être le seul espoir de victoire en Ile-de-France, la tête de liste d’Europe Ecologie ferait mieux de se concentrer sur ses propositions. En effet, la principale proposition des verts en matière de transports, à savoir le tarif Navigo unique à 65€ est en train de prendre l’eau de toute part, ne résistant pas 5 minutes à un examen attentif. Quid d’un tarif qui en réalité augmentera le prix du transport pour plus de la moitié des franciliens qui ne voyagent qu’entre 2 zones ? Et quid, surtout, des 600 millions d’euros de manque à gagner pour la région, alors que des investissements sont indispensables pour améliorer la qualité des trajets ? Sur ces deux points, silence radio.

D’ailleurs, on n’entend qu’assez rarement des franciliens se plaindre du prix du Pass Navigo. On en entend beaucoup plus se plaindre des tensions sur certains points très focalisés du réseau et qui entrainent une vraie pénibilité et un vrai stress pour les usagers.

Ainsi, il y a deux visions, une de Gauche et une de Droite pour les transports. Pour la Gauche, il y a la conscience de la nécessité de faire plus et de faire mieux. La volonté d’améliorer la qualité des transports, de désengorger les zones de tensions (ligne 13 et RER A en tête) et de désenclaver les zones suburbaines et rurales qui ne bénéficient pas encore d’une déserte suffisante. Pour Valérie Pécresse, le projet est tout autre. C’est celui du Metro pharaonique voulu par Nicolas Sarkozy dans le cadre du Grand Paris qu’il tente de faire passer en force.  Grand 8 organisé autour de futurs grands « pôles d’excellence », déconnecté de la réalité des franciliens, sans financement précis et sans perspective de fin de travaux, ce projet va à l’encontre du bon sens et de toutes les règles d’urbanisme et d’architecture actuellement en vigueur.

Le choix est là, projet contre projet. Europe Ecologie peut et doit venir agrémenter ce débat sur les transports avec des propositions sérieuses. Les verts ont toujours été les indispensables aiguillons de la Gauche sur toutes les questions de politique de la ville et d’urbanisme. Mais en faisant le choix délibéré de jouer contre leur propre camp, ils oublient cette règle de bon sens : La Gauche et la Droite, ce n’est pas pareil. Et dans le cadre d’une campagne électorale, la liste de Gauche, quelle qu’elle soit, qui arrive en tête le soir du premier tour a vocation à rassembler toute la Gauche. Ce devrait être un automatisme.

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Document : Le programme de Belleville, 1869

février 5th, 2010

Document historique, un peu vieilli il faut le reconnaître, on m’a mis entre les mains hier soir le programme de Belleville, discours du candidat Léon Gambetta aux élections législatives de… 1869. Discours de campagne, il a également été publié dans le journal L’Avenir National. Gambetta y propose des mesures radicales pour l’époque et qui inspireront pour longtemps la Gauche Radicale. On y retrouve, pêle-mêle, la liberté de la presse, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la défense d’un enseignement primaire laïque et des concours gratuits entre « les intelligences d’élites ». Autant de sujets qui sont toujours d’actualité.

Le but n’est pas tant de faire l’exégèse de ce texte, on le pourrait, mais de mettre en lumière certaines évolutions actuelles de la Gauche, mais aussi de l’action du gouvernement.

Vous pourrez ensuite en débattre dans les commentaires de ce billet.

Le Programme de Belleville

Citoyens,

Au nom du suffrage universel, base de toute organisation politique et sociale, donnons mandat à notre député d’affirmer les principes de la démocratie radicale et de revendiquer énergiquement :

  • l’application la plus radicale du suffrage universel tant pour l’élection des maires et des conseillers municipaux, sans distinction de localité, que pour l’élection des députés ;
  • la répartition des circonscriptions effectuée sur le nombre réel des électeurs de droit, et non sur le nombre des électeurs inscrits ;
  • la liberté individuelle désormais placée sous l’égide des lois et non soumise au bon plaisir et à l’arbitraire administratifs ;
  • l’abrogation de la loi de sûreté générale[Note 1] ;
  • la suppression de l’article 75 de la Constitution de l’an VIII[Note 2] et la responsabilité directe de tous les fonctionnaires ;
  • les délits politiques de tout ordre déférés au jury ;
  • la liberté de la presse dans toute sa plénitude, débarrassée du timbre de cautionnement ;
  • la suppression des brevets d’imprimerie et de librairie ;
  • la liberté de réunion sans entraves et sans pièges avec la faculté de discuter toute matière religieuse, philosophique, politique ou sociale ;
  • l’abrogation de l’article 291 du Code pénal[Note 3] ;
  • la liberté d’association pleine et entière ;
  • la suppression du budget des cultes et la séparation de l’Eglise et de l’Etat[Note 4] ;
  • l’instruction primaire laïque, gratuite et obligatoire avec concours entre les intelligences d’élite, pour l’admission aux cours supérieurs, également gratuits ;
  • la suppression des octrois, la suppression des gros traitements et des cumuls et la modification de notre système d’impôts ;
  • la nomination de tous les fonctionnaires publics par l’élection ;
  • la suppression des armées permanentes cause de ruine pour les finances et les affaires de la nation, source de haine entre les peuples et de défiance à l’intérieur ;
  • l’abolition des privilèges et monopoles, que nous définissons par ces mots : primes à l’oisiveté ;
  • les réformes économiques, qui touchent au problème social dont la solution, quoique subordonnée à la transformation politique, doit être constamment étudiée et recherchée au nom du principe de justice et d’égalité sociale. Ce principe généralisé et appliqué peut seul, en effet, faire disparaître l’antagonisme social et réaliser complètement notre formule :

LIBERTE, EGALITE , FRATERNITE

Le comité électoral de Belleville

——-

Notes

  1. La loi de sûreté générale est une loi du 1er février 1858 qui permet de punir de prison toute tentative d’opposition et autorise l’arrestation et la déportation sans jugement d’un individu condamné pour délits politique depuis 1848. Ce projet de loi prévoit enfin des peines d’amendes ou de prisons contre ceux qui se seraient concertés en vue d’agir à l’encontre du gouvernement. Cette loi de sûreté générale est promulguée le 27 février 1858. Cependant elle ne fut plus que très rarement appliquée dès le mois de mars 1858, elle ne permit de transporter en Algérie que 430 opposants républicains.
  2. Cet article 75 est un article de la constitution de 1799. Il stipule : « Les agents du gouvernement, autres que les ministres, ne peuvent être poursuivis pour des faits relatifs à leurs fonctions, qu’en vertu d’une décision du Conseil d’État : en ce cas, la poursuite a lieu dans les tribunaux ordinaires. »
  3. Le code pénal est celui de 1810. L’article 291 stipule : « Nulle association de plus de 20 personnes, dont le but sera de se réunir tous les jours à certains jours marqués pour s’occuper d’objets religieux, littéraires et politiques ou autres, ne pourra se former qu’avec l’agrément du gouvernement, et sous les conditions qu’il plaira à l’autorité publique d’imposer à la société ». Ce texte sera abrogé en 1901, par la loi dite de 1901.
  4. La séparation de l’Église et de l’État ne se fera qu’en 1905.
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Dérapages politiques: la double peine

février 4th, 2010

Y aura t’il une affaire Bussereau comme il y a une affaire Frêche ou une affaire Delattre ?

Invité ce matin sur Europe 1, le Secrétaire d’Etat aux transports, candidat UMP et tête de liste aux régionales en Poitou-Charente a déclaré à propos des centristes ralliés à Ségolène Royal « Oui, enfin, elle rassemble des harkis, hein, si vous me permettez l’expression. Des gens qui vont un peu dans cette affaire, parce qu’ils n’ont pas d’autres moyens d’être élus. ».

En pleine affaire Frêche, les mots ne sont pas choisis au hasard, surtout lorsqu’on se rappelle des propos du Baron de Septimanie qui avait qualifié les harkis de « sous hommes » (ce qui lui avait valu son exclusion du PS) et que celui-ci est un soutien fidèle de Ségolène Royal.

Curieusement, la polémique tarde à venir. On aurait attendu, du moins du PS, qu’il condamne vigoureusement ces propos qui manifestement désignent une communauté dans un sens péjoratif. Las, bien peu de médias ont relevé et seuls quelques bloggeurs hurlent, seuls dans le microcosme du web.

Au delà de la polémique, par nature stérile, sur les propos de M. Bussereau, il faut s’interroger sur l’accumulation des dérapages verbaux des élus de tous bords ces derniers temps.

La petite phrase cinglante envers un adversaire politique a toujours existé. Elle est parfois terrible (souvenez vous du « croc de boucher » auquel Nicolas Sarkozy voulait pendre Dominique de Villepin), parfois extrêmement drôle (François Fillon à propos de Xavier Bertrand : « Maçon surement mais alors franc, ça ça m’étonnerait ! »), elle fait souvent mouche. Elles font partie des figures de style imposée pour qui veut exister médiatiquement et se faisant, doit passer au yeux des médias pour un « bon client ».

Le fil des emballements médiatiques pourrait ainsi suivre son cours s’il n’y avait pas un phénomène nouveau et assez inquiétant : le recours à la comparaison ou à l’identification à un groupe social, ethnique ou religieux. Parce que d’origine Malienne, Ali Soumaré ressemble à « un joueur de l’équipe réserve du PSG », Laurent Fabius, parce que d’origine juive a « une tronche pas catholique », les ralliés à Ségolène Royal sont « des harkis ». Et l’on ne cite ici que les dérapages les plus récents et médiatisés, d’autres viennent facilement à l’esprit de ceux qui suivent avec un peu d’aciduité les turpitudes médiatiques des responsables politiques de notre pays.

Bien qu’insuffisante à elle seule pour expliquer ce phénomène de relâchement de la parole publique, il est intéressant de noter que jamais la parole n’a été aussi libérée que depuis le lancement du fumeux débat sur l’Identité Nationale. Un peu comme si, au delà des dérapages franchement racistes des intervenants en préfecture, c’était toute la parole publique qui s’était affranchie de son surmoi.

Et le piège se referme sur nous, pauvres commentateurs. Chaque sortie doit être commentée si l’on veut pouvoir rester cohérent. Si l’on commente l’une et pas l’autre, l’accusation de partialité et de mauvaise foi tombe immédiatement. Et le temps passé à commenter les dérapages ne sont pas passés à discuter, expliquer ou débattre sur tel ou tel point de politique de fond. Et pourtant, je préfère vous parler de l’IVG hier ou des maisons de santé la semaine dernière. Mais bien que je tente de garder un certain équilibre, je continuerais à écrire sur les affres de la vie politicienne. Car ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, un billet de blog, comme un article de presse sur un dérapage, ça rapporte des lecteurs. Et qui lirait un billet sur le programme santé de Valérie Pécresse s’il n’arrivait pas ici par le biais d’un billet comme celui-ci ?

Tel est la double peine que nous infligent les dérapages des hommes et femmes politiques. En plus de stigmatiser telle ou telle catégorie de la population, ils empiètent sur le temps utile du débat démocratique. C’est ce qui distingue le dérapage de la simple « petite phrase » qui agrémente le débat ou le résume, même involontairement.  Même d’une insupportable violence, le « croc de boucher » de Nicolas Sarkozy éclaire le paysage politique à Droite au moins autant que le « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris ! » de Georges Marchais avait enterré le programme commun de la Gauche.

Piégé, condamné à commenter sans relâche les bavures politiques des uns et des autres, le commentateur courre le risque d’être le Sisyphe du train-train politico-médiatique quotidien. Alors que faire ?

Rien, continuer et espérer être cohérent dans ses dénonciations. Faire fi de ses engagements partisans pour condamner tous les dérapages qui mettent en cause telle ou telle communauté. Réaffirmer que s’attaquer aux juifs, aux harkis ou aux noirs, c’est s’attaquer à toute la communauté nationale. Et imaginer Sisyphe heureux

Edit le 04/02/10 à 19h15: Dominique Bussereau s’excuse d’avoir utilisé à tort le mot harki. Ceci ne change évidemment rien au fond de ce billet. Mais faute avouée est parait il a demi pardonnée.

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